Les années...



Elle débute dans la Couture en créant pour elle-même des tenues sportswear originales dont le succès auprès de ses amies l’amène à ouvrir en 1928 une première maison de couture dénommée « La Maison de l’Amitié ».

Comme Jean Patou et Coco Chanel, elle est alors à l’origine des premières lignes de sport.



Les créations des années 30 sont assez classiques et encore d’inspiration très sportive : pantalons allant en s’amincissant, jupes courtes sur une culotte, veste parapluie…

Madeleine de Rauch se distingue cependant par « mille détails charmants qui contribuent à la rendre si attrayante » et surtout par son choix de tissus de grande qualité : tweed, feutre, soie, velours, flanelle, loden, fourrures…

Ses ensembles, de coloris plutôt sombres (marine, vert de gris, noir, marron, grenat entre autres) rappelle l’esprit « british » et donnent une « ambiance de landes écossaise » qui lui apporte une importante clientèle anglo-saxonne. Elle est alors considérée comme la couturière d’une bourgeoise aisée et conservatrice.

Madeleine de Rauch présente également quelques collections essentiellement nouvelles « tant par les innovations dans les formes que par les tissus et les accessoires personnels ». Elle propose des culottes prises dans les hautes guêtres, des « jodhpur », des pantalons à sous-pied collant à la cheville. Elle ose « d’amusants mélanges de tissus et de matière : lainage et peau, cuir et jersey, tricot et lézard » et offre d’étonnantes collections de vestes, jaquettes, blouses et boléros.



Madeleine de Rauch ne ferme pas pendant l’occupation allemande mais elle continue à un rythme moins soutenu et délocalise ses ateliers au Pays Basque.Comme ses confrères, elle est influencée par l’ambiance et les directives de Vichy. Ses créations et ses collections en sont largement inspirées comme le prouvent sa ligne intitulée « Mode martiale » sortie en 1941 et sa collection « Metro » de 1942.

Une nouvelle silhouette apparaît : épaules carrées, taille appuyée, jupes courtes et encolures montantes. Le tailleur et les deux-pièces sont très populaires.Comme toujours, Madeleine de Rauch est saluée pour la qualité de réalisation de ses modèles et impose son style sobre et distingué. Les tonalités sont plutôt douces et les lignes nettes et gracieuses.

Elle ajoute cependant une vraie personnalité à ses créations en multipliant les « trouvailles ». En effet, les accessoires (turbans, écharpes, sacs, gants, chaussres), les contrastes de composition ou de coloris, et les multiples détails foisonnent et donnent des effets extrêmement décoratifs. Madeleine de Rauch ose les plis, froncs, broderies, godets, garnitures, fourrures, ceintures et fermetures originales, capuchon, boutonnages inédits, poches (très apparentes), cols, nœuds, rubans, smoke, franges, doublures et même ses initiales.

Apres la Guerre, une nouvelle mode s’impose : « la Parisienne redevient féminine ». Grace et charme sont à l’honneur. Madeleine de Rauch participe à ce mouvement en créant notamment des robes longues particulièrement « allurées ». Elle demeure cependant la « spécialiste » du sport et reste particulièrement « habile dans l’art d’habiller les sportives ». Elle consacre plusieurs collections au ski ou au golf, « aux heures qui les précèdent ou les suivent ». Les robes de sport, les ensembles de rue et de voyages sont plus innovants que jamais.



Au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, les femmes sont à la recherche de féminité, de chic et d’élégance. Elles veulent également une « mode qui marche au rythme de leur temps », une mode plus conforme aux exigences de la vie quotidienne. Plus que jamais, Madeleine de Rauch se consacre au sport et à toutes les tenues de plein air. Elle allie avec succès élégance et confort, souplesse et discipline, jeunesse et style.

D’une manière générale, les collections sont plus riches, les accessoires variés, les matières nouvelles et les longueurs plus diverses. En effet, à chaque heure du jour, à chaque circonstance sa tenue adaptée : le tailleur du matin, les robes d’après-midi, les robes de cocktail, celles pour le diner et les époustouflantes robes du soir ; sans oublies les pardessus, les multiples blouses les tenues de voyage, de ski, de chasse ou les robes de plage.

Madeleine de Rauch ose les matières nouvelles (le cuir, le coton, le crêpe, les textiles artificiels et synthétiques) et joue avec les effets (les drapés, les plissés, et même le réversible).

Fidèle à son style, les collections Madeleine de Rauch présentent une distinction, une sobriété et une élégance parfaites. Les coupes, sous leur apparente simplicité, cachent un grand sens de l’équilibre et des proportions. Mais les années 50 marquent surtout la naissance du Prêt-à-Porter dans les grandes maisons de Haute Couture. Madeleine de Rauch y participe activement et développe trois labels.



Les années 60 sont marquées par l’avènement d’une nouvelle culture vestimentaire. La mode rajeunit, se démocratise et s’universalise. C’est le triomphe du prêt-à-porter. Les femmes cherchent avant tout des vêtements favorisant la liberté de mouvement.

Les collections Madeleine de Rauch gardent d‘abord leurs formes classiques et leur allure sportive. Les lignes sont sures et élégantes, « sans arrogance », mais plus souples et sinueuses : les dos sont cambrés, les robes galbées et les vestes bombées. Simplicité, sobriété et confort restent les mots ordre cependant la créatrice joue avec les effets. Il y a beaucoup de trompe-l’œil, des effets de doublures, des effets suspendus, de faux deux-pièces, de faux chandails et de grandes réussites comme celle du « tailleur robe ».

Plus tard Madeleine de Rauch se modernise et se laisse influencer par la mode nouvelle mais sans outrance. Les lignes restent sobres mais le mouvement qui caractérise chaque pièce dégage jeunesse et élégance. La silhouette se féminise, elle est plus près du corps. Les manteaux réduisent leur volume, la taille est soulignée et les cols sont plus importants. Les robes montrent partout de la souplesse. Le biais est roi. Les tissus s’adaptent et donnent leurs préférences aux matières légères : toile de lin, shantung, crêpe et mousseline de soie. Enfin, les tons sont lumineux, joyeux et vibrants.

Les années 60 sont également l’époque de la « grande parade des parfums ». La remportent de grands succès grâce à « Belle de Rauch », « Vacarme » et « Miss de Rauch » qui viennent compléter l’eau de toilette pour homme « Monsieur de Rauch ».



Encore et toujours, Madeleine de Rauch présente une femme distinguée et élégante : des manteaux bien coupés et confortables, des tailleurs racés, des pantalons chics et des robes particulièrement soignées et amples grâce à l’utilisation du tissus en biais qui mêle parfaitement raffinement et modernité.

La maison de couture Madeleine de Rauch ferme ses portes en 1974.

En espérant qu'un jour elle vivra la renaissance qu'elle mérite…



La Maison Madeleine de Rauch est une histoire de famille.

Tous petits déjà, nous nous souvenons encore de l'immense atelier du 37 rue Jean Goujon, des préparations de défilés, des odeurs de parfums et du charisme de leur arrière grand-mère. Nous voici 39 ans après la fermeture de la maison. Une maison qui a su marquer une époque et participer à la grande aventure de la mode française. Une maison qui mérite bien plus qu'une place dans quelques archives... Ce sont quelques unes des raisons qui nous ont poussé nous, descendants de Madeleine de Rauch à faire revivre la marque.

Une belle histoire recommence !